Dimanche 16 septembre 2007
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14 septembre 07 : la Techno-Planète est à Paris.
Pas de voitures, marche à pied, culture ou
anti-culture, fractionnement social, écologie, populisme, tourisme, tout cela était juxtaposé à Paris ce samedi 14 après-midi : les
métropolitains paradent en techno pour l'écologie. Foutaise? Pas du tout. rue de Rivoli la Techno-Parade est dédiée au Défi de la Planète.
"Prends ta planète, relevons le défi", énonce écologie.gouv.fr, suivi par des très jeunes mus, m'a -t-il semblé, par une sidérante absence de pensée. Mais bon, les choses s'améliorent avec les camions humoristiques: "l'agriculture rythme nos cultures",
"vini-sound".
Parfois on reste dubitatif : pub pour des voyages pour festival, camion puissament polluant de
Planet-Sound; pire : l’énorme camion Xplosive Session, degré zéro de réflexion pour le thème... Un music store, groove maker, "l'autre côté de la musique", a engagé des très jeunes. Passons
sur les chars des pros du glamour, et des dégentés de Solvey Relevage.
C'est donc ça, et ça seulement, l’action
jeunesse pour l'écologie et pour sauver la planète? Petit goût de cendres.
Un masque sarko redonne le goût de
rire.
Parce qu’il y a aussi des chars géniaux.
Kombo Clandestino
“musiques tangantes" superbes, de tous continents, des jeunes conscients, c'est bon.
It's not too
late.com "rejoignez la révolution énergétique", "respectez la jungle" , leur char est une forêt et leur musique est splendide.
Kosmopolitan.com, “ElectroFarmers” de génie (magic garden, objectif groove) très belle musique créative, sono ++
Tous sont de vrais musiciens.
L'eau de paris.fr s’y met : “un peu de glamour au
robinet”.
La banderolle très correcte des jeunes verts.fr “change le monde change ton
caddie”.
Un clou: un superbe char déco, des intellos à la musique grandiose bien adressée au public, pas de thème
pas de pub.
“Ici aussi je trie - triez moi” propose 21 bouteilles égal 1 pull, 670 cannettes égale 1
vélo... genre trash, des adultes avec leurs enfants, une musique incroyable à références pop, (eco-emballages, scrypton, scratch massive, institutes, eyes need sugar), la foule les
suit.
C’est étrange, ces paquets de public nettements distincts : des petits groupes, par cités, par quartiers, dansent ensemble, et suivent les chars selon leurs affinités. La musique créative attire ceux qui dansent le
mieux, ceux des cités qui semblent plus exigents.
C’est étrange, toutes ces nuances, ces distinctions, ce peu de mélange des genres et des groupes sociaux. C’est une fête des catégories, et non un brassage unitaire. Un malaise est perceptible,
parfois.
Pourtant tout est formaté, formulé, configuré selon un schéma répétitif: un char, des suivants-dansants.
Tous les chars diffusent un même rythme : pong pong pong pong, avec un nombre restreint de notes, souvent à l’unisson... Les gestes sont identiques: les doigts en l’air, deux rouleaux, droite,
gauche, derrière la tête, ouah... la danse vient de la street, épuisante, très technique, formelle.
C’est
que tout est dans les effets, la transformation des sons, les filtrages, les dilatations, les clusters. On apprend cela à l’IRCAM, dans des ateliers où le vocabulaire électronique détermine la
composition. Que ce soit en musique contemporaine, en jazz, ou en techno, pour créer il faut connaître ces ressources infinies de variations sonores.
Pouvions-nous prévoir que parallèlment au très officiel Grenelle de l’Environnement, l’écologie allait descendre dans la rue? Pas militante, pas
utopiste, pas spécialiste : elle s’est offerte comme objet d’appropriation, caméléon passif et privé de sens, vecteur impavide de toute l’électro-énergie que la techno(logie) insuffle aux
cellules vivantes de la jeunesse. L'écologie banalisée, produit des medias, avant d'être concrétisée, on ne s'y attendait pas de si tôt.